mardi 7 septembre 2010

Criminalité et délinquance depuis 1949




La politique pénale du gouvernement français est-elle un échec ? Non.

Le nombre des infractions est en décrue depuis 2002. La politique du "gros bâton" est binaire et porte ses fruits.

Constatons qu'un gouvernement dénué de vision historique, et ignorant des vertus, se montre en même temps capable de faire de la répression. Cette répression a ses limites mais montre une efficacité de court terme.

En effet, entre 2002 et 2009, on passe de 69 infractions pour 1000 habitants, à 56 infractions pour 1000 habitants, sur la base des données collectées par la Direction Centrale de la Police Judiciaire auprès des gendarmeries et des commissariats.

Toutefois, nous sommes très loin de revenir à une société apaisée. Pour le montrer, voyons les évolutions de plus long terme :


Chiffres DCPJ/ graphique Sylvain  Jutteau


Sur le plus long terme, comme le montre le graphique ci-dessus, il y a trois périodes :
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1- De 1949 à 1968, le nombre d'infractions oscille autour de 14 pour 1000 habitants

2- En 1968, c'est le début d'une forte progression. De 1969 à 1982, le nombre d'infractions est multiplié par quatre !

3-De 1982 à 2009, le nombre d'infractions oscille autour de 61 pour 1000 habitants.


Qu'est-ce qui a fondamentalement changé dans notre société pour que les infractions soient multipliées par quatre ?

J'ai constaté par exemple que cette évolution est parallèle à l'évolution du nombre de divorces. Le nombre de divorces est stable jusqu'à 1968, est multiplié par quatre jusqu'aux années 80, puis progresse peu depuis les années 80 jusqu'à la fin du siècle. (A partir de 2000, il y a un regain du divorce mais une plus grande fermeté pénale. Les infractions sont contenues par cette fermeté).

Or le mariage est l'école quotidienne de la patience et de l'acceptation de l'autre.

A l'inverse, l'infraction est le fait d'un individu qui veut, par la force ou par la violation de la règle commune, augmenter son emprise sur le monde, atteindre l'autre plutôt que l'accepter. L'infraction est la manifestation brutale de l'individualisme.

Il serait bien sûr insensé d'affirmer que ce sont les divorces qui génèrent les infractions, ou que seules les infractions génèrent les divorces, mais ces deux phénomènes ont une origine commune, qui est la progression de l'individualisme et la régression de la vertu de charité.


***


Le politique a un rôle pour préparer le retour à une société apaisée, où l'on retrouve des repères, et où l'individualisme régresse au profit de la charité :

- Restaurer une fiscalité favorable pour les couples mariés
- Redonner du sens à l'exécution des peines de prison ICI
- Retrouver un équilibre dans la mise en oeuvre de la loi sur l'avortement ICI
- Redonner sa place au mécennat
- Réhabiliter les enseignants ICI

Pour éviter des dispositions en complet décalage avec les moeurs, ces solutions doivent être mises en oeuvre avec tempérance, sans pollution idéologique. Notre société est devenue brutale, gardons-nous de la brutaliser.

6 commentaires:

vincent a dit…

Bonjour Sylvain

Les chiffres sont intéressants mais le lien entre divorce et criminalité me parait trop ténu et purement spéculatif. Je pourrai tenir le même raisonnement avec comme variable de corélation le niveau des dépenses publiques, qui ont également connu leur plus forte progression entre 74 et 84. corélation n'est pas causalité.

Ce qu'il faudrait trouver, pour approfondir, c'est d'une part :

Du côté du nombre d'atteintes à la loi:

1 - les taux de crimes et délits non déclarés par peur des représailles : ce taux évolue t il depuis 1949, et comment ?

2- Les changements législatifs ayant amené une criminalisation ou une décriminalisation de certains actes dans les différentes périodes concernées.

3 - Avoir la variation par 100K habitant par type de crime.

4 - La variation du nombre de victimes, et des taux d'élucidation par victime. Aujourd'hui, bcp d'infractions telles que la détention de stups sont des "délits sans victimes" (autre que l'auteur de l'infraction elle même !)

Deux éléments me paraissent devoir être recherchés ici:

a) les dates de mise en oeuvre des législations anti drogue répressives. Il me semble qu'en France, ça date des années 60, cela pourrait expliquer la hausse de la criminalité après, mais il faut vérifier (pas le temps tout de suite).

b) dans les années 60 sont construites de grandes cités HLM dans lesquelles on va concentrer des groupes à la fois à forte identité ethnique et culturelle, et à niveau de revenu en dessous de la moyenne: une étude de la provenance géographique des auteurs et de sa variation dans le temps permettrait d'y voir clair.

c) A partir des années 70 (retrouver date exacte), un contrôle strict de l'immigration transforme une immigration de travail (parce que l'immigration n'est pas difficile) en immigration de peuplement (parce qu'il faut sécuriser l'installation une fois le droit d'immigrer obtenu), phénomène qui, couplé avec le B), peut expliquer l'accumulation de personnes mal intégrées avec des perspectives de progrès individuel faible ==> Cocktail pour la constitution de groupes délinquants.

b et c sont des hypothèses formulées sans jugement de valeur, je tiens à le préciser, car on est vite sur des thématiques "sentimentalement explosives". Mais si on veut comprendre l'évolution de la criminalité, étudier si ces hypothèses se vérifient me parait difficilement évitable.

Voila qqs hypothèses. Maintenant, il faut voir si des chercheurs du genre Raufer ou Roché ont étudié ces questions.

vincent a dit…

le document suivant
PDF INSEE en page 146 contient des graphes qui contredisent l'hypothèse de stagnation de la criminalité (notamment, le nombre de victimes) depuis 1980.

Y a t il un biais statistique dans la collecte des données par la DCPJ ?

Sylvain JUTTEAU a dit…

Bonjour Vincent,

Je suis bien content de te croiser à nouveau ! Ah, nous sommes vraiment dans un petit village...

Je te répondrai sur l'ensemble des hypothèses, mais je tiens à te faire une première réponse sur ton premier paragraphe, au sujet des dépenses publiques.

J'ai sauté au plafond (Aïe !) en lisant ce que tu écris.

D'abord une petite parenthèse méthodologique :

- Je crois que la cause de l'augmentation des infractions tient dans la "confusion des repères et la progression de l'individualisme". Cette même cause engendre des effets divers et non corélés entre eux, dont le divorce et le nombre des infractions.

Hormis cette précision méthodologique, ce qui m'a fait sauter au plafond c'est ta remarque, en tant que libéral affiché, sur le niveau des dépenses publiques.

Et là, pour le coup, les corrélations sont à mes yeux plus fortes. Pourquoi ?

1 - plus la redistribution sociale est forte, moins les solidarités familliales sont nécessaires.

2 - plus les relations verticales entre la collectivité publique et les particuliers sont importantes, plus les relations horizontales de solidarité familiale, amicale, professionnelle, voient leur importance relative se réduire.


Une des conséquences de la "confusion des repères et de la progression de l'individualisme", c'est bien aussi la propension à demander de la collectivité publique ce que les proches ne donnent plus.

C'est la dégradation de la vertu de charité qui est une des origines de cette corruption sociétale et de l'augmentation des dépenses publiques.

L'autre cause de l'augmentation inconsidérée des dépenses publiques tient aussi dans la défaillance de la vertu, mais de la vertu politique, sur la base du principe que tu connais bien : il est électoralement rentable d'endetter la collectivité et de multiplier les prélèvements pour distribuer des subsides catégoriels, quel que soient le caractère néfaste de cet endettement et de ces prélèvements.

Même si je ne partage pas ton a priori libéral que je crois idolâtre, au moins nous serons je crois en accord sur le lien entre la défaillance de la vertu politique et la dérive des dépenses.

Bien à toi, et à bientôt pour la suite.

vincent a dit…

hé hé...

Je n'ai pas dit qu'il n'y avait aucune relation entre dépenses publiques excessives et criminalité, mais je voulais simplement dire que trouver deux stats bien corrélées ne permettait que de faire des hypothèses, pas de tirer des conclusions trop abruptes.

En fait, j'ai moi même fait l'hypothèse d'une relation forte.(trouve plus l'article). Mais je pense que certaines interventions comptent bcp plus que d'autres. D'où la nécessité d'approfondir.

j'attends la suite !

Sylvain JUTTEAU a dit…

@Vincent

Bon, déjà, je réponds sur l'INSEE.

Les chiffres de l'INSEE sont des extraits de la base de données de la DCPJ.

Ces extraits présentés par l'INSEE portent sur des périodes plus courtes que celle que je représente dans le graphique global.

Il est facile, par malice, de faire apparaître des croissances sur certains segments, car il y a des déplacements de la nature des infractions :

- moins de vols de sacs à l'arraché, et plus d'escroqueries à la carte bleue en raison de la moindre utilisation d'argent liquide.

- moins de vols de voitures, mais plus de car jacking en raison des systèmes antivols sur les voitures.

- moins de crimes de sang, mais plus de consommation de cannabis, celui-ci ayant un effet émoliant l'agressivité s'il n'est pas conjugué avec d'autres psychotropes.

...et ainsi de suite,...je te laisse compléter la liste à ta guise.

De plus, pour des motifs de communication politique, certaines infractions voient leur définition se modifier et être réaffectées à d'autres catégories.

C'est pourquoi, pour mesurer l'évolution des infractions, j'ai fait le choix de cumuler les infractions de toute nature.

Le point commun à toutes ces infractions est le constat formel qui en est fait par la police et la gendarmerie. Même si cela porte sur des infractions différentes, je fais le pari que l'agrégation des données sur une base très large et sur une longue période est porteuse de sens.

Anonyme a dit…

Excellent article, loin des inepties du politiquement correct!...

Le vrai problème, c'est la société éclatée et la destruction des solidarités familliales et professionnelles.

Par exemple, on devrait mesurer le sens profond de la loi le Chapelier qui a interdit les corporations de métier, et le sens profond de la facilitation juridique des divorces et de l'avortement.

Sous couvert de modernité, on a détruit des fonctionnements naturels où rayonnait l'amour.