jeudi 8 mai 2008

Shadow cabinet

En 2004, l'actuel président de la république française, nomme Emmanuelle MIGNON au poste de directrice des études de l'UMP.

Emmanuelle MIGNON est diplômée de l'ESSEC, major de l'ENA et membre du Conseil d'Etat. Elle travaille par conventions thématiques, et bâtit un réseau de 250 experts, qu'elle fait dialoguer avec les politiques de l'UMP.

Un jeune cerveau, performant, obéissant, rompu à l'exercice des notes de synthèse, est adapté pour être le relais d'une stratégie, mais est à contre-emploi pour bâtir une stratégie. Chacun son métier.

Emmanuelle MIGNON explique en toute sincérité que son commanditaire l'a laissée travailler et a fait des "arbitrages". Le résultat de ces travaux est un catalogue de bonnes intentions, sans substance, sans texte de loi préparé, et surtout sans ligne directrice.

Le président français au bout de quelques semaines d'exercice du pouvoir a donc du s'adresser à la commission Attali en lui demandant : que faire ? Faute de projet véritable, le président quémande un programme d'action auprès du conseiller d'un prédécesseur !

La démocratie est ridiculisée, mais n'ose pas se l'avouer, voire n'en prend pas du tout conscience.

Mais ne jetons pas la pierre sur un seul individu. Il y a beaucoup d'explications à la situation actuelle.

D'abord, les think tank, les associations spécialisées, et les partis politiques sont des lieux d'échanges d'opinion de spécialistes plutôt que des lieux de construction de projets complets.

Pourquoi ce manque de projet pratique ?

Car il est plus agréable de rester dans le concept et l'opinion subjective, que de travailler sur un projet réel qui scintille moins dans la lumière. Le travail sur un projet vient au jour quelques mois, quelques années plus tard, et ne portera que le nom du ministre qui sera en place à ce moment.

Ensuite, le système démocratique par suffrage universel favorise la communication de masse. Le suffrage universel direct rapproche le jeu politique des techniques de vente de produits de grande consommation. Pourquoi ? Car l'électeur est dépourvu du discernement pour comprendre le déficit public, l'inflation normative, la politique monétaire, les effets de la fiscalité, l'impact des choix de politique pénale. La conquête du pouvoir peut donc s'opérer sans avoir à justifier de solutions : il suffit de bâtir un catalogue de bonnes intentions et de le vendre. C'est ce qui a été fait.

Enfin, la sphère politique n'intéresse plus les grands talents à de très rares exceptions près. Si j'ai du talent et une belle force de travail, je vais créer de la valeur en bâtissant une entreprise, ou en valorisant une entreprise existante. L'entrepreneur est un conquérant.

Les frontières économiques sont mouvantes, mais les frontières territoriales sont stabilisées.

On ne peut plus attendre de glorieuses conquêtes de la part des chefs d'Etat et de gouvernements. Le rêve est ailleurs. Il est dans l'entreprise pour les plus doués, ou dans le "star système" pour les moins doués.

Si le politique ne draine plus les grands talents, il ne draine plus les grands visionnaires, petite élite parmi les grands talents. Dès lors, il est logique qu'en bout de chaîne on ait eu ce sentiment de médiocrité dans le débat présidentiel en 2007.

Nous pouvons penser que ni l'un ni l'autre des finalistes n'iraient très loin dans la construction d'un empire industriel. Intuitivement, on peut les situer comme créateurs d'une belle PME, ce qui est bien, mais sans rapport avec la dimension requise pour diriger la France.

Pour bâtir un projet politique, il n'y a en l'état actuel ni l'organisation, ni l'exigence des électeurs, ni la puissance pour attirer les meilleurs. En conséquence, les projets politiques sont des descriptions d'intentions peu opérationnelles.

En fait, une fois l'élection passée, le politique donne des orientations sur la base de rapports produits par l'administration. La permanence du pouvoir exécutif réside dans la haute fonction publique. Le politique est dépourvu de la technicité nécessaire pour produire les normes, car il a utilisé toute sa compétence et son énergie pour se spécialiser dans le marketing politique.

Le pouvoir normatif réel est entre les mains de l'administration qui est dotée de remarquables spécialistes et a pour elle la force de sa constance. Mais comme il s'agit précisément de spécialistes, ils vont se placer dans une posture d'analyse de la situation, et proposer des solutions normatives issues de cette analyse. Quel que soit le ministre en place, il y a des projets de réglementation qui continuent de courir : ce sont les fameux "projets dans les cartons des ministères".

Je propose de revenir à une situation cohérente. Le pouvoir politique est le lieu où doit s'exprimer le pouvoir réel, le lieu où se bâtissent les projets.

Je propose que toute proposition politique soit assortie du projet de loi correspondant et de son décret d'application le cas échéant.

A cette fin, je propose que les concepteurs du projet soient organisés comme un gouvernement réel.

Chaque ministère virtuel est dirigé par un responsable, qui a vocation à être membre du cabinet du ministère réel.

Chacun est destinataire d'une feuille de route non communiquée à la presse, qui assure dès le départ la cohésion de l'ensemble. La feuille de route est rédigée par le Premier Ministre.

Je prends comme point de départ la composition gouvernementale à l'échelon français.

Premier ministre, coordonateur du programmeChargé de la mise en forme législative du projet.
Chargé de la prospective, de l'évaluation des politiques publiques, qui rassemble des intellectuels généralistes.

Ministre de l'Environnement
Chargé de l'Écologie, de l'Énergie, et de l'Aménagement du territoire

Ministre de l'Intérieur
Chargé de la Sécurité intérieure, de l'Immigration, de l'Outre-mer et des Collectivités territoriales

Ministre des Affaires étrangères
Chargé des Affaires étrangères et européennes

Ministre de l'Économie et finances
Chargé de l'Économie, des Finances et de l'Emploi

Ministre de la Justice

Ministre de l'Agriculture et de la Pêche

Ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité

Ministre de l'Éducation nationale de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

Ministre de la Défense

Ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports

Ministre du Logement et de la Ville

Ministre de la Culture et de la Communication

Ministère du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique



Soit 14 postes à pourvoir. Je propose dans cette organisation de réintégrer dans le Ministère de l'Intérieur le "Ministère de l'Immigration", et je propose d'agréger l'Education nationale avec l'Enseignement Supérieur et la Recherche.

Chaque mois, le "premier ministre du projet" réunit les "ministres de projet" pour mesurer l'avancement des travaux.

Les travaux sont nourris par quatre sources bibliographiques :

1- Les normes en vigueur, en privilégiant les textes codifiés.
2- La littérature grise : rapports administratifs, rapports parlementaires.
3- La doctrine politique : les textes fondamentaux, en évitant les essais politiques de moins de 20 ans.
4- Les travaux des think tanks ( En retenant les plus influents : L'Adalec, Aleps, L'Ami Public, Cercle Alexis de Tocqueville, Nouveau Cercle d'outre-Manche, Le Club des Vigilants, Confrontations Europe, Croissance Plus, Institut Européen de Recherche Interdisciplinaire, En Temps Réel, Entreprise et Progrès, Esprits d'Entreprises, Fondation Concorde, Génération Entreprise, Ifri, Institut de l'Entreprise, Institut Montaigne, Ifrap, Institut Thomas More, Institut Turgot, Paris PWN, Penser public, Prométhée).

Pour effacer les conflits d'égo contre-productifs, je propose qu'aucun texte final ne soit signé, et que les ministres du "shadow cabinet" ne soient en principe pas promis à être ministres réels, mais plutôt destinés à avoir des responsabilités au sein des cabinets ministériels.

Le travail politique peut être défini en quatre étapes successives :

1- Définition des principes. Selon la hauteur de vue, ce seront des principes idéologiques, moraux, ou métaphysiques.
2- Application des principes à l'analyse de l'existant. C'est le niveau des programmes politiques, des professions de foi, des essais politiques
3- Rédaction des normes (lois et décrets) . Projection de l'impact financier. C'est le travail des institutions politiques.
4- Rédaction des circulaires d'application. C'est le travail des organes administratifs.

Dans cette chaîne, les partis politiques se limitent au deuxième maillon. Je propose que l'on gagne en profondeur et en efficience en travaillant les trois premiers maillons.

Premières actions

- Rédaction des feuilles de route
- Désignation des ministres du "shadow cabinet"
- Désignation d'un secrétaire général chargé de la logistique et des ressources documentaires
- Fixation du calendrier et du lieu des réunions mensuelles pour rendre compte de l'avancement des travaux
- Fixation du calendrier, du lieu, et des thèmes des conférences de presse

And I would like the shadow cabinet to integrate members from several EU countries.

This shadow cabinet must be secret until the project is finished, for two reasons :

- Secret is a strength. This project will face huge resistance, and we need that strength to overflow the resistances.

- The impact assessment of each proposal would be a brake. Only the global impact assessment is important.

5 commentaires:

philippe psy a dit…

Voilà, j'ai mis un lien vers ton blog. Va commenter sur les autres blogs, mets des liens et tu en auras en échange.

Visite celui-ci :

http://lebaldesdegueulasses.hautetfort.com/

philippe psy a dit…

Sylvain !
Il serait bien que tu justifies tes textes ! Ce serait plus joli et simple à lire.

De même quelques illustrations seraient les bienvenues.

Fix a dit…

Oui, avec des photos !!
Et des images !!

Anonyme a dit…

Venu du site du psy, votre blog est intéressant. Je vous met en favori !
Nicolas

Nicozoc a dit…

Des marcassins bondissants aussi !!