mardi 23 août 2011

Crise financière ? Je connais le vrai coupable.




Qui génère la crise financière ?

Tous les accusés sont convoqués au tribunal de la pensée unique : les banques, les fonds d’investissement, les spéculateurs, le FMI, les banques centrales, les agences de notation.
Mais ces accusés si divers peuvent-il concrètement avoir coordonné un tel complot ?

Non, je pense que c'est absurde. Je pense qu'il faut éveiller sa conscience et se demander si le vrai coupable peut être ailleurs. Il y a peut-être une réponse plus cohérente que d'accuser en bloc des intervenants si différents entre eux. 

Ouvrons l’enquête.

D’abord les faits.

Où se situe la crise ?

La crise prend naissance dans les démocraties occidentales ou de type occidental. Hors ces démocraties, les économies émergentes ont poursuivi leur croissance en 2008, 2009, et 2010.

Quelle est la nature de la crise ?

La crise est une crise des excès d’argent circulant.

D’une part, les volumes d’argent circulant à l’intérieur de la sphère financière sont excessifs par rapport au restant de l’économie. Ces excès sont amplifiés dans des bulles ( bulle internet, bulle des matières premières, bulles des produits dérivés, etc…), et ces bulles éclatent.
Voici ci-après sous forme graphique le rapport entre la masse d'argent en circulation (notée ici "M3") et la richesse produite ("PIB"). Ce rapport devrait être stable, et la courbe devrait être de tendance horizontale. C'est loin d'être le cas :





(Graphique : Sylvain JUTTEAU
sources : séries M3 de la Banque de France, et séries PIB de l'INSEE;
cliquer sur le graphique pour l'agrandir )


D’autre part, les Etats dépensent plus qu’ils n’ont de recettes. Les Etats ont donc une dette qui gonfle. Les Etats s’endettent et injectent de l'argent dans l’économie au prétexte de la stimuler. Cette injection amplifie encore les excès.


Ces constats induisent trois questions simples

1-      Qui produit la monnaie qui circule en excès ?

La monnaie est constituée à l’origine par des avances faites par les banques centrales aux autres banques.
Il faut faire un petit effort pour comprendre le mécanisme :
Les banques centrales sont les "banques des banques". Les autres banques, celles que nous connaissons au quotidien, sont nommées les banques de "second rang".

Les banques centrales prêtent de l'argent aux banques de second rang. Avec cet argent, les banques de second rang peuvent prêter à leurs clients. Les clients versent cet argent à des vendeurs pour acheter des biens et services. Les vendeurs déposent l'argent reçu sur des comptes bancaires. Ces fonds déposés par les vendeurs permettent à nouveau aux banques de prêter, et ainsi de suite.
Lorsqu’un euro est avancé par la banque centrale, cela génère environ sept euros en circulation.

2-      Qui fixe le cadre d’action des banques centrales ?

Ce sont les Etats.

3-      Qui s’endette en masse pour injecter de la monnaie et tenter de stimuler l’économie ?

Ce sont les Etats.

L’injection de monnaie par les banques centrales comme l’injection de monnaie par l’excès d’endettement sont le fait des Etats. Ce sont les Etats qui à la source génèrent les excès. Personne d’autre ne peut être accusé d’en être à la source.
Les suspects convoqués à l’origine au tribunal de la pensée unique sont les amplificateurs, les profiteurs, les usuriers d’un vice qui à la source n’est pas de leur fait mais du fait des Etats.


Mais l’enquête doit se poursuivre : à qui profite le crime ? 

Qui a intérêt à faire croire que l'injection d'argent par les banques centrales et par l'endettement public permet de stimuler l'économie, alors qu'aucun "plan de relance" n'a permis de hisser une économie au-dessus de 3% de croissance ? ( voir à ce sujet l'article "Les plans de relance sont-ils bidon ?").
Qui a intérêt à distribuer de façon visible de l'argent public, quitte à endetter l'Etat avec discrétion ? En effet, les allocations par exemple sont visibles au crédit du compte des particuliers, mais la dette n'y apparait pas au débit.
A ces questions, une réponse s'impose. Le crime profite aux hommes politiques qui cherchent à s'attirer les faveurs du corps électoral.
Là, nous avons un coupable plus précis. Les décisions politiques de court terme fournissent le carburant monétaire qui permet le gonflement excessif de la sphère financière. L'objectif réel de ces décisions politiques est de tirer un bénéfice électoraliste de court terme, même si les conséquences de long terme sont funestes.
Enfin, nous y sommes ! La dette est invisible, mais les dépenses publiques sont visibles. Le mécanisme des avances des banques centrales est invisible de la masse des électeurs, mais il permet d'injecter de l'argent visible.

La perception de l'information est assymétrique : les hommes politiques profitent de cette assymétrie à leur petit profit personnel.

Quel est le remède ?

Pour remédier aux excès financiers, il suffit que le rapport entre la production réelle et le volume de la monnaie soit régulé.
On doit rétablir des proportions harmonieuses entre le monde financier et le reste de l'économie.

En pratique, comment faire ?

Nous avons vu que la monnaie vient des banques centrales : les banques centrales font des avances aux autres banques. Ces avances sont faites moyennant un taux nommé "taux directeur".
Pour que le rapport entre la production réelle et le volume de la monnaie soit régulé, il suffit que le taux directeur des banques centrales soit proportionnel au rapport entre la masse monétaire et le PIB :
- Si la masse monétaire devient trop importante, le taux augmente, et il y a moins d'argent avancé car l'argent est "plus cher".
- Si la masse monétaire est trop faible pour assurer les fonctions d'épargne et d'échange dans des conditions optimales, le taux baisse, et il y a plus d'argent avancé par la banque centrale, car l'argent est "moins cher".


Sur un plan plus technique, vous pouvez aussi consulter l'article suivant qui définit la formule de calcul du taux directeur tel que je le définis : ICI



***




Les accords financiers de Bâle 3 en cours de mise en oeuvre définissent pour les banques un rapport entre fonds propres et engagements. Bâle 3 se penche sur la micro économie bancaire, et se montre incapable de mettre en oeuvre la régulation macroéconomique que je crois nécessaire. La faiblesse de Bâle 3 est de négliger la source concrète de la rupture entre la finance et la production, c'est-à-dire l'excès de masse monétaire par rapport au PIB.



3 commentaires:

Anonyme a dit…

Cela fait quelques temps que je pense que les démocraties occidentales sont obsolètes. Que demande t’on en priorité à un chef de l’état : c’est de gérer l’état en bon père de famille, hors le principe même de l’élection présidentielle est incompatible avec cette gestion car pour être élu il faut plaire au moins à la moitié de la population donc on promet monts et merveilles (TVA dans la restauration, arrêt de la publicité dans le service public, bouclier fiscal d’un cote RSA de l’autre, défiscalisation des heures supplémentaires) mesures très couteuses et peu rentables. Pour moi il faudrait élire des sénateurs (en fonction de nos idées politiques) et ce sénat se chargerait d’élire le gouvernement (ainsi nous retrouverions un peu de vertu venant des puissants) bien évidemment il faut un contrepouvoir : celui-ci serait représenté par une assemblée composée des maires de nos communes avec présence obligatoire ! Il suffit de voir les résultats de la croissance belge avec seulement un gouvernement d’urgence pour constater la faisabilité de ce projet ! Avis aux commentaires !
Jonathan Dewyndt

Sylvain JUTTEAU a dit…

Oui !

Je suis d'accord sur la méthode belge :


Arrêter d'agresser la sphère productive avec des règles du jeu instables et imposées autoritairement.

Les conséquences objectives sont les suivantes :

1- L'économie se reconstitue, se renforce, et retrouve sa capacité d'organisation.

2- Les contrats passés sont dans un environnement juridique qui gagne en sécurité.

3- Les prévisions en matière fiscale sont plus sûres.

4- Les relations de travail retrouvent de la lisibilité.

En conséquence, la croissance belge est désormais plus élevée que celle de la France et de l'Allemagne, dont les gouvernements s'agitent.


Quelle fessée sur le postérieur de ces interventionnistes prétentieux de France et d'Allemagne ! Ces interventionnistes ne connaissent des entreprises et de l'économie que les bouillies marxiste et keynésienne servies au long de leur scolarité !

Patrick Aubin a dit…

J'ai apprécié la forme et le fond de ce texte. Cependant j'y apporterai deux nuances :

1) sur le PIB : cet agrégat qui sert à imaginer la croissance est une erreur de casting. Il intègre la dépense publique, qui est une dépense imposé et qui se sert sur le secteur libre en le brimant. Si l'impôt était consenti comme la DDHC le précise (avec impossibilité de faire du déficit et d'emprunter pour l'homme politique qui n'est pas le payeur de ce qu'il engage), on pourrait envisager d'intégrer cette dépense publique dans un agrégat synonyme de "vraie croissance". Actuellement, nous ne pouvons que nous baser que sur le PIB marchand, pour savoir si nous avons une croissance.

2) régulation macroéconomique : ceci est impossible. La macroéconomie ne peut être qu'un constat. Connaissez-vous la formule des échanges valable en micro ou en macro : MV = PT où la M est la masse monétaire, V la vitesse de circulation de la monnaie, P les prix et T le nombre de transaction... faite ceci de 1 à X échanges et vous verrez que cela fonctionne... Or V et T dépendant des individus, il est impossible de chercher à agir sur M et P au regard des milliards de transactions qui sont effectués... ce qui fait qu'en conclusion (celle des économistes de l'école autrichienne), il est nécessaire de laisser les marchés libres de la monnaie et des prix... on en conclut qu'il est nécessaire que les pouvoirs économiques et politique soient séparés, ce qui fait que la Société doit garder le pouvoir économique et le politique n'être que la conservation des droits. D'ailleurs cette formule permet d'expliquer les divers mécanismes pervers de l'intervention économique...